Des géopolymères au Néoterre,  Historique

Des géopolymères aux néoVie (4/6)

Le second mot-clé d’Hérodote « krossai » est tout aussi évocateur. D’après l’étude que je viens de terminer, publiée dans mon dernier ouvrage, c’est un mot étranger à la langue grecque, puisqu’on ne le trouve que dans ce passage d’Hérodote, et dans aucun autre texte grec. Le mot étranger en question, écrit selon la coutume antique uniquement avec les consonnes, est « qrs » ou « qrth ». Il est à l’origine de notre mot « sacré » (sqr), se retrouve dans ziqutath (sqrth), et aussi dans « création » (latin « créatio », indo-européen « kre. »), (qres, qreth).
Au IIIe siècle av. J.-C., le rédacteur des Chroniques de la Bible qualifie la pierre dont fut construit le temple de Salomon par « iqurah », lui donnant le sens de « pierre précieuse », alors qu’au VIe siècle av. J.-C., le rédacteur des Rois I, explique que le seul monument sacré construit par les Hébreux, le Temple, « le fut sans que l’on entende un seul son d’outil » (donc sans pierre taillée), à l’aide de pierres « iiquroth » ou « iiquros » (qrth ou qrs). Le verbe hébreu « qrsh » signifie coaguler, geler ; « qrs » signifie durcir ; « qrts » signifie mettre en forme, façonner ; en d’autres termes, ces verbes expriment l’action de transformer un liquide, ou une pâte molle, en un solide. Le matériau du Temple est donc de la pierre qui coagule, gèle ou durcit ; et en même temps elle est sacrée. Le divin s’incarne dans la pierre agglomérée, dans la pierre « qrs » (krossai) de la pyramide de Chéops.
Les significations ésotériques et mythiques de « qrs » sont multiples. En grec « qrs » donne « chrysos », l’or, la matière dont sont faits les dieux. »

« Dans l’Égypte ancienne, tout était représenté par une divinité. La pétrification divine, c’est-à-dire la Création (qrs), à partir du limon du Nil ou de l’argile, était l’œuvre du plus ancien dieu égyptien, le dieu à tête de bélier, le dieu potier, Khnoum. La pyramide de Chéops fut construite sous l’auspice de Khnoum, pour Pharaon, dont le vrai nom est « Khnoumou-Khoufoui » : que le dieu Khnoum protège Khoufou (Chéops). »

La pratique de la pierre coulée donnée par le dieu Khnoum perdura jusqu’à la XVIIe dynastie. Lors de l’arrivée de la XVIIIe dynastie, c’est-à-dire après l’époque des pyramides (que l’on date de 1700 à 1550 avant J.-C.), un nouveau Dieu apparaît qui va se substituer à Khnoum le bâtisseur. Amon va imposer un nouveau règne et un nouveau regard sur le monde. Le Dieu est désormais une montagne sacrée et on va lui rendre hommage en allant tailler la pierre dans son corps. L’Égypte vient de perdre sa technique de travail de la pierre coulée, mais elle garde la référence au sacré.

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